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  • Corinne Mawet

Une attitude pédagogique adéquate à chaque âge: focus sur les 14-16 ans.

Si vous avez côtoyé ne serait-ce qu'un enfant, vous avez dû être confronté à l'impossibilité de le traiter de la même façon d'une année à l'autre, du moins si vous souhaitiez que votre action contribue à son épanouissement.

Projetons-nous dans la tranche d'âge des 14-16 ans et voyons ce qui se passe dans le cerveau à ce moment de la vie. Les expériences de l'enfance ont permis une série de connexions neuronales. La nature de ces expériences a tissé un réseau neuronale bien spécifique mais, quand tout se passe bien, très éclectique, non spécialisé; c'est une jungle foisonnante!

Vers 13-14 ans va débuter, entre autre au niveau cérébral, un vaste chantier dont l'objectif est d'organiser un réseau neuronal efficace, avec des autoroutes de pensée, des voies principales d'expériences et avec la suppression de tous les sentiers, voies sans issue, chemins de terre qui jusque-là multipliaient les possibilités de cheminement. Le service des travaux publics n'en reviendrait pas de l'ampleur de ce chantier! Si on y ajoute toutes les transformations physiologiques de cette tranche d'âge, il est aisé d'imaginer combien tout l'être est tourné vers ce nouvel agencement. Et du coup beaucoup de comportements à cet âge déconcertent voire énervent l'adulte . Or Ils ne sont que la conséquence de ce vaste chantier! Le besoin infini de sommeil, l'incapacité à rester droit sur une chaise, l'apparente désinvolture, l'engloutissement de nourriture à tout heure...autant d'attitudes qui nous apparaissent comme incompatibles avec la réussite scolaire par exemple. Et pourtant accueillir et veiller sur ces moments en apparence stériles, c'est comme sécuriser un chantier : c'est compliqué, ça fait tout ralentir, ça grogne beaucoup mais au final le chantier se transforme en un exceptionnel ouvrage d'art! Peu à peu s'élabore une véritable restructuration neuronale pour que la pensée soit capable de suivre un chemin individualisé et d'être en parallèle ouverte à la pensée d'autrui. C'est vers 17 ans que ressurgissent avec un nouveau potentiel les capacités d'apprentissage de l'être qui a maintenant la volonté de contribuer au monde qui l'entoure.

Cette métamorphose doit être à mon sens respectée et soutenue par l'activité pédagogique. Proposer de découvrir les matières par l'expérience, l'observation la déduction correspond pleinement à cet âge. Rassembler les conditions nécessaires pour apprendre à cet âge c'est donner les outils d'une véritable démarche scientifique. Le prof est celui qui donne la méthode pour déduire les lois du monde physique, social, mathématique, grammatical... Les contenus ne sont pas formalisés de l'extérieur, chaque jeune doit pouvoir prendre le chantier à bras le corps et construire son réseau, ses axes de compréhension par l'observation et l'expérience. Les chemins vont varier pour appréhender les matières mais nous, adultes et jeunes, iront dans la même direction. IL est important à cet âge que le prof ait son propre chemin clair, structuré et affirmé, qu'il le partage non pas pour l'imposer mais pour être un exemple d'humain pensant et agissant.

À cet âge il n'est pas constructif de présenter son chemin d'adulte comme le seul valable ou pire, d'arriver avec un enseignement ou un discours de concepts figés. Si l'on procède de la sorte on court-circuite une expérience constitutive de l'être humain: l'assurance et la confiance que d'un certain chaos émerge la personne particulière que nous aspirons tous à être. Cette expérience vécue à travers un geste d'apprentissage adéquat est quasiment initiatique et elle nous permettra des points d'appui quand nous serons immanquablement chahuter dans notre vie d'adulte

Ainsi, "apprendre" devient une expérience au service d'un être en mouvement tout au long de sa vie.


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